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Arnaud Houndjo, Responsable Espace Entrepreunariat La Place

Arnaud Houndjo : « Notre mission, c’est d’accompagner la naissance d’une industrie culturelle Hip-Hop »

Cet article est un extrait du dossier « L’entrepreneuriat : un état d’esprit Hip-Hop ? » présent dans notre futur premier numéro.

Le centre culturel Hip-Hop La Place a ouvert ses portes à Paris, au Forum des Halles en juin 2016. Signe des temps, La Place possède un incubateur dédié aux start-up des « cultures urbaines ». On est allé discuter avec Arnaud Houndjo, responsable de l’espace Entrepreunariat de La Place et fondateur du Salon des activistes Hip-Hop. Retour sur 20 ans de professionnalisation du milieu Hip-Hop.

Comment as-tu débuté dans le Hip-Hop ?

C’est une passion, j’ai commencé dans la culture Hip-Hop via le domaine socio-culturel. Après avoir eu le Bac, j’ai essayé d’aller à la fac, mais je me sentais pas trop dedans. Il y avait une MJC dans le quartier qui pratiquait des animations, j’ai proposé des ateliers parce que j’aimais le contact avec le public. On a commencé par des ateliers de danse pour les jeunes, après, j’ai continué avec des ateliers DJing. C’est le fait de transmettre que j’apprécie. Dans la région où j’étais dans les années 95, c’était plutôt nouveau.

Comment t’es passé d’animateur à entrepreneur Hip-Hop ?

On avait un groupe de musique, on a eu la chance dans la ville d’où je venais, à Reims, de faire des premières parties intéressantes Solaar, NTM… J’étais danseur et DJ de ce groupe là, ce qui est un peu bizarre comme formule d’ailleurs (rires). Faut être honnête, j’étais pas le meilleur DJ, ni le meilleur danseur du monde. J’avais un intérêt pour l’accompagnement de projet, je me suis orienté vers le management et la gestion de projet.

La question de l’entreprenariat s’est posée au moment où il fallait sortir un disque. Quand on est en province, qu’on n’a pas de visibilité sur la région parisienne, faut se débrouiller comme on peut, on essaye de trouver des fonds pour créer son projet. C’est à partir de là que je me suis lancé dans l’accompagnement de projet, de gestion et production, puisque j’ai produit le premier album du groupe.

Salon des activistes Hip-Hop 2017 à la Maison des métallos, 2 juillet 2017

Salon des activistes Hip-Hop 2017 à la Maison des métallos, 2 juillet 2017

A quel moment, t’as fondé le salon des activistes Hip-Hop ?

Après avoir managé mon groupe, j’ai monté ma structure ESPRIM pour accompagner plusieurs artistes comme Kohndo ou Ali de Lunatic. J’ai rencontré énormément de personnes, de structures dans le mouvement. La question qui se posait, c’était comment aider ces gars-là, en leur donnant de la visibilité. Et petit à petit, cette idée du salon est venue. J’avais déjà organisé quelques salons auparavant et Alex Monville, programmateur du Canal 93 à l’époque, m’avait proposé de réunir des porteurs de projets lors du festival Terres Hip-Hop et je lui ai proposé ce concept-là. Depuis, le salon des activistes Hip-Hop est né.

Tu peux nous parler un peu plus de ta structure ESPRIM ?

J’effectuais des prestations d’accompagnement, de montage de projets. Je me suis mis en micro-entreprise parce qu’il me fallait une structure juridique, j’ai pas forcément comparé tous les modèles existants à l’époque. J’ai pris le plus simple. Le but c’était d’avoir une structure pour facturer.

C’était compliqué parce que la réalité des gens du milieu, c’est des passionnés comme moi qui font comme ils peuvent avec les moyens qu’ils ont. C’est compliqué d’aller demander à ces gars-là de mettre de l’argent sur la table pour bénéficier de prestations.

C’est aussi pour ça qu’on a créé le salon des activistes. C’est un salon gratuit où on met à disposition des activistes des stands gratuits pour permettre aux gens de découvrir les projets.

A l’époque on avait déjà cette facilité à entreprendre, on n’avait pas le choix quand tu voulais faire quelque chose dans la culture Hip-Hop, t’étais obligé d’entreprendre, tu devais faire les choses par toi-même.

C’était compliqué à l’époque, est-ce que t’as senti une évolution depuis ?

A l’époque on avait déjà cette facilité à entreprendre, de toute façon on n’avait pas le choix quand tu voulais faire quelque chose dans la culture Hip-Hop, t’étais obligé d’entreprendre, tu devais faire les choses par toi-même.

Et puis, dans la culture Hip-Hop et la culture en général, on est dans une logique de « Do it Yourself », « je me démerde comme je peux ». Donc aller demander des prestations, c’est pas systématique. Ca commence à évoluer, on commence à voir l’intérêt de bénéficier de certains services. Les gens comprennent l’intérêt de se structurer réellement.

Avant on faisait avec les moyens qu’on avait, on faisait à l’arrache. En prenant des risques parfois on était borderline au niveau de la légalité sur certaines choses. Pas parce qu’on avait envie de l’être mais tout simplement parce qu’on ne maîtrisait pas les codes. J’en ai fait l’expérience, j’ai choisis un statut parce que c’était le plus simple sans forcément savoir que derrière ça pouvait me ramener des soucis.

Aujourd’hui, y’a une réflexion qui fait que les gars ils sont structurés. Ils rédigent les business plan, ils rencontrent des juristes, des avocats. Ils entreprennent dans le vrai sens du terme, ils prennent le temps de choisir leurs structures juridiques, de définir un modèle économique.

On commence à travailler avec les codes de ce milieu-là. Ce qui n’était pas forcément le cas à l’époque.

En quoi consiste ton poste en tant Responsable de l’espace entreprenariat de La Place ?

Y’a trois axes dans mon travail : la gestion de l’espace de coworking. Après, je suis en relation avec les porteurs de projets de l’incubateur de l’Espace E pour les aider.

Et quand il faut, je suis sur le terrain pour aller prospecter, chercher des partenaires.

L’espace E, c’est un mix entre le coworking et l’incubation. On a eu une première phase de test en juin/juillet 2016, on a invité des porteurs de projets de notre réseau à venir tester le lieu. Certains ont manifesté leur intérêt, et on a mis en place un comité de sélection en septembre 2016.

Ensuite, en décembre on a lancé un appel à candidatures avec un comité d’accompagnement composé de personnes du ministère de la culture, de la structure Ulule, de notre partenaire Orange et de personnalités du milieu comme Dawala et Sully Sefil qui sont venus nous aider à la sélection des projets. De là est née, la première promo qui est rentrée en février 2017. On n’a pas encore un an d’ouverture. La mission de base, c’est de proposer un lieu pour créer un réseau entre les porteurs de projets et les accompagner pour donner naissance à une nouvelle industrie culturelle Hip-Hop.

Arnaud Houndjo, Responsable Espace Entrepreunariat La Place

Arnaud Houndjo, Responsable Espace Entrepreunariat La Place

Quels types de projets on vous propose ?

A l’image de la culture Hip-Hop, c’est large et varié. Ca va de l’application qui met en avant les espaces de pratiques de sports de rues, au camion-scratch qui enseigne le DJing. Y’a une compagnie de diffusion de danse comme Difstyle, One, Two, Three rap : une association qui sensibilise à l’apprentissage de l’anglais via le rap, ou encore des médias tels que U.One…

L’intérêt est qu’on touche à toutes les disciplines, et plus largement aux cultures urbaines. On essaye de faire en sorte qu’ils puissent travailler ensemble.

J’aimerai avoir des Jay-Z de chez nous, des gens qui pèsent parce qu’ils sont passés par l’espace Entreprenariat, qu’ils ont été accompagnés et qu’ils ont créé une entreprise qui a un impact sur le secteur.

Y a–t-il un profil-type de porteurs de projets qui se dégage ?

On a un peu de tout, des jeunes comme Hugo de Background, une plateforme de tourisme autour des cultures alternatives. Il est plutôt de la nouvelle génération. Et des personnes comme Olivier de Design Labs, graphiste reconnu du milieu qui est d’une autre génération. La tranche d’âge est variée, c’est ce qui est intéressant. On essaye de créer un espace où y’a une mixité réelle, tant dans les projets que dans l’expérience. C’est aussi l’intérêt, le partage d’expériences.

Quel regard portes-tu sur l’impact des nouvelles technologies dans la culture ?

Avec les nouvelles technologies, on a la possibilité de développer son projet avec plus de facilité, aujourd’hui c’est clair que de porter son projet sur internet, c’est toucher un marché plus large.

Outre le fait d’avoir plus de visibilité, les modes de productions sont simplifiés. Pour les médias par exemple : on a des informations plus poussées, des statistiques plus précises… C’est l’interactivité aussi qui se met en place, on peut questionner le public et avoir un retour en direct. On ne peut pas ignorer l’importance des nouvelles technologies pour le développement d’une activité.

Idéalement, comment vois-tu l’avenir de l’espace Entreprenariat?

L’idéal, ce serait d’avoir un peu plus de postes de travail, pour l’instant on est un peu limité en termes d’accueil. Après, ce qui est vraiment important c’est qu’on puisse contribuer à faire naître une industrie réelle et que demain on puisse avoir des grandes entreprises qui apparaissent. Des vrais entrepreneurs à l’instar de Booba, j’aimerai bien avoir des Jay-Z de chez nous, des gens qui pèsent parce qu’ils sont passés par l’espace Entreprenariat, qu’ils ont été accompagnés et qu’ils ont créé une entreprise qui a un impact sur le secteur.

Tu parles de Booba, le slogan du média OKLM c’est « Par nous, pour nous », est-ce que vous vous retrouvez dans cette dynamique ?

Dans mon cas personnel et dans l’esprit de La Place, c’est par nous, pour tous. Dans le sens que tout le monde puisse être sensibilisé à cette culture. La Place n’est pas un équipement fermé et réservé seulement aux gens du Hip-Hop. Le but c’est justement de s’ouvrir et permettre au grand public de comprendre ce qu’on fait.

Moi, ça a toujours été ma démarche, quand j’ai créé le salon des activistes Hip-Hop, c’est pour qu’en famille on puisse découvrir ce qui se fait. Que ce soit le fiston qui apprenne à papa, ce que c’est que le DJing ou l’inverse.

C’est une ouverture, c’est bien de faire de l’entre nous mais c’est bien aussi de s’ouvrir aux autres et de partager ce que l’on fait.

Et par rapport aux relations entre les acteurs du Hip-Hop et des plus grosses entreprises ?

Je suis bien placé pour dire oui. Pour la simple raison qu’on a un partenaire au niveau de l’espace Entreprenariat qui est le groupe Orange. C’est une grande maison qui s’intéresse à l’entreprenariat depuis longtemps. Y’a des ponts possible, y’a des choses qui se créent chez nous qui peuvent les intéresser et qu’on le veuille ou non, la culture Hip-Hop est rentrée dans les mœurs. Ce qui veut dire qu’il y a un potentiel. Les grands groupes ont un intérêt à se positionner et vont continuer de le faire.

Quel secteur s’en sort le mieux selon toi ?

Je trouve que les médias se positionnent pas trop mal, et tout ce qui tourne autour de la prestation de communication.

Les disques en indépendant, c’est pas évident. Pour la danse, c’est plus facile quand c’est en relation avec la danse contemporaine. Y’a des danseurs qui arrivent à se positionner dans des grandes troupes. Le graffiti commence à rentrer dans les galeries. Après, y’a d’autres modèles qui sont en train de se créer qui vont peut-être révolutionner les choses, comme le tourisme alternatif.

Quels conseils tu donnerais aux entrepreneurs qui se lancent ?

Aujourd’hui, y’a des possibilités de trouver des fonds pour monter son entreprise. Donc, faut pas hésiter à déposer des dossiers pour les concours, les aides, pour qu’on rentre dans les clous. Il y en a plein. Je le compare souvent à des grosses entreprises, dans certains secteurs d’activités, qui sont obligé de trouver des appels d’offres pour trouver des marchés. Dernièrement on a eu la start-up REKYOU qui a remporté 30 000€ grâce au prix Melty/Hugo Boss. Les gars sont sur le terrain, ils tentent leur chances, au final ça paye.

N’ayez pas peur d’entreprendre. On prend des claques c’est normal, mais il faut tester. Il faut entreprendre avec raison, bien réfléchir, et outrepasser la passion pour la transformer en activité réelle.

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